Les disparités du niveau d'éducation du quartier et le transport actif chez les femmes : l'effet de la distance entre le domicile et le travail (étude ACTI-Cités)

BMC Public Health. 2017 17(1):569

Perchoux C, Nazare JA, Benmarhnia T, Salze P, Feuillet T, Hercberg S, Hess F, Menai M, Weber C, Charreire H, Enaux C, Oppert JM, Simon C.

Contexte : Il a été montré que le transport actif est associé favorablement à différents indicateurs de santé. Les recherches antérieures ont mis en valeur l’influence du niveau d’éducation à l’échelle du quartier sur le transport actif. Cependant, on en sait moins sur les effets de la distance de transport sur les disparités sociales observées dans le transport actif domicile-travail. Dans ce contexe, les femmes ont très peu été étudiées. L’objectif de ce papier est d’évaluer la relation entre le niveau d’éducation du quartier et le transport actif pour aller au travail, et d’évaluer dans quelle mesure la distance modifie la relation chez les femmes adultes.

Méthodes : Cette étude transversale est basée sur un sous-échantillon de la web-cohorte Nutrinet-Santé (n=1169). Des régressions binomiales, log-binomiales et binomiales négatives ont été utilisées pour estimer les associations entre le niveau d’éducation du quartier et (i) la probabilité de déclarer une quelconque pratique de transport actif pour aller au travail et (ii) la part des temps de déplacement réalisée à l’aide de modes actifs. L’effet potentiel de la modification de la distance domicile-travail sur les associations mentionnées a été évalué sur les échelles additives et multiplicatives.

Résultats : Le niveau d’éducation du quartier est positivement associé à la probabiltié de déclarer du transport actif pour aller au travail (risque relatif = 1.774; p < 0.05) et à la part de modes actifs (risque relatif = 1.426; p < 0.05). L’impact du niveau d’éducation du quartier est plus grand pour les longues distances domicile-travail.

Conclusions : Nos résultats suggèrent que chez les femmes, les disparités du niveau d’éducation du quartier dans le transport actif domicile-travail tend à augmenter avec la distance. De nouvelles recherches sont nécessaires pour fournir un “guide géographique” de promotion de la santé visant à réduire les disparités dans le transport actif au sein de différents groupes socio-économiques.

Les choix d’aliments défavorables à la santé sont-ils associés avec une augmentation du risque de cancer du sein ? Etude de cohorte prospective utilisant l’application du profil nutritionnel de la British Food Standards Agency

BMJ Open. 2017 7(6):e013718

Deschasaux M, Julia C, Kesse-Guyot E, Lécuyer L, Adriouch S, Méjean C, Ducrot P, Péneau S, Latino-Martel P, Fezeu LK, Fassier P, Hercberg S, Touvier M.

Les autorités françaises envisagent la mise en place d’un logo nutritionnel simplifié en face avant des emballages des produits alimentaires pour aider les consommateurs à faire des choix alimentaires plus favorables à la santé. L’un des candidats les plus documentés (logo nutritionnel 5-couleur/Nutri-score) est basé sur le système de profil nutritionnel des aliments de la British Food Standards Agency (FSA-NPS), un score calculé pour chaque aliment/boisson utilisant la quantité d’énergie, glucides, acides gras saturés, sodium, fibres, protéines et fruits et légumes. Pour évaluer sa pertinence en santé publique, des études ont été conduites sur l’association entre la qualité nutritionnelle du régime alimentaire, mesurée à un niveau individuel par une moyenne pondérée sur l’énergie de tous les scores FSA-NPS des aliments consommés habituellement (index alimentaire FSA-NPS (FSA-NPS DI)), et le risque de maladies chroniques. L’objectif de cette étude était d’investiguer l’association entre FSA-NPS DI et le risque de cancer du sein.
 
Design : étude prospective, cohorte NutriNet-Santé, France.
 
Participants : 46864 femmes âgées de plus de 35 ans ayant complété au minimum 3 enregistrements alimentaires de 24 h pendant les 2 premières années de suivi.
 
Outcome : Les associations entre FSA-NPS DI et le risque de cancer du sein (555 cas incidents de cancer du sein diagnostiqués entre 2009 et 2015) ont été analysées par modèles de Cox à risques proportionnels multivariés.
 
Un FSA-NPS DI plus élevé (plus faible qualité nutritionnelle du régime alimentaire) était associé à une augmentation du risque de cancer du sein (HRpour 1 point d’incrément = 1,06 (1,02-1,11), p = 0,005 ; HRQ5vs.Q1 = 1,52 (1,11-2,08), p-tendance = 0,002). Des tendances similaires ont été observées chez les femmes en pré-ménopause et en post-ménopause (HRpour 1 point d’incrément = 1,09 (1,01-1,18) et 1,05 (1,00-1,11), respectivement). Cette étude étant basée sur une cohorte observationnelle avec des données alimentaires auto-déclarées, des biais de confusion résiduels ne peuvent être totalement exclus. Enfin, cette approche holistique ne permet pas d’évaluer quel facteur alimentaire en particulier influence le risque de cancer du sein.
 
Ces résultats suggèrent que les choix d’aliments défavorables à la santé, caractérisés par le FSA-NPS, pourraient être associés à une augmentation de risque de cancer du sein, et sont en faveur de la pertinence en santé publique d’utiliser cette application de profil nutritionnel dans le cadre de mesures de santé publique

Associations entre passage à la retraite et modifications des apports alimentaires chez des adultes français (étude de cohorte NutriNet-Santé)

Int J Behav Nutr Phys Act. 2017 14(1):71

Si Hassen W, Castetbon K, Lelièvre E, Lampuré A, Hercberg S, Méjean C.

Quelques études se sont intéressées à l’influence de la retraite sur les comportements alimentaires. L’objectif de notre étude était d’examiner les associations entre le passage à la retraite et les modifications des apports alimentaires chez des adultes français, en particulier en fonction de la retraite du conjoint et des revenus à l’inclusion.
 
Cette étude prospective a été menée sur 577 participants français de la cohorte NutriNet-Santé qui ont été retraités sur une période de suivi de 5 ans (2009-2014 ou 2010-2015). A l’inclusion et chaque année, les apports alimentaires ont été estimés avec des enregistrements de 24 h. Les mesures répétées des apports alimentaires ont été analysées avec des modèles mixtes ajustés sur l’énergie, l’effet aléatoire du temps et de la période (avant ou après la retraite) afin d’évaluer les modifications post-retraite pour chaque sexe.
 
Après la retraite, les apports en acides gras saturés et en sel augmentaient pour les deux sexes. Chez les femmes, des changements spécifiques ont été observés : diminution du score d’adéquation aux recommandations et des apports en fruits, protéines et vitamines ; augmentation des apports en produits sucrés-salés. Chez les hommes avec les plus faibles revenus à l’inclusion, des changements spécifiques en apports étaient associés à la retraite tels qu’une diminution des apports en produits laitiers et une augmentation des apports en lipides.
 
Le passage à la retraite était associé avec des apports alimentaires moins favorables à la santé. Ces résultats pourraient aider à définir des interventions au cours de cette période de vie vulnérable.

Adéquation aux recommandations nutritionnelles et de mode de vie chez 13285 patients atteints d’une maladie cardiométabolique de l’étude NutriNet-Santé

Nutrients. 2017 9(6):e546

Adriouch S, Lelong H, Kesse-Guyot E, Baudry J, Lampuré A, Galan P, Hercberg S, Touvier M, Fezeu LK.

Une alimentation favorable à la santé joue un rôle dans la prévention des complications des maladies cardiométaboliques. L’objectif de cette étude était d’estimer les apports alimentaires et l’adéquation aux recommandations nutritionnelles et de mode de vie chez des adultes français diagnostiqués avec une hypertension, un diabète, une dyslipidémie ou une maladie cardiovasculaire comparés aux individus témoins, exempts de toute maladie cardiométabolique.
 
Les données de 26570 sujets âgés de 35 à 70 ans (13285 patients et 13285 témoins appariés sur le sexe et l’âge) de la cohorte française NutriNet-Santé ont été collectées. Les apports alimentaires ont été estimés à partir d’au moins 3 enregistrements alimentaires de 24 h. Les apports moyens en aliments et nutriments ont été comparés à ceux des sujets en bonne santé via des modèles de régressions linéaire et logistique multivariables.
 
Comparés aux témoins, les adultes ayant déclaré une maladie cardiométabolique avaient des consommations plus faibles en produits sucrés, plus élevés en poissons et fruits de mer et une meilleure adéquation aux recommandations pour les produits laitiers. Dans l’ensemble, ils déclaraient, cependant, comparés aux témoins, des comportements alimentaires et de mode de vie moins favorables à la santé. En effet, ils étaient physiquement moins actifs et avaient des comportements similaires concernant la consommation de tabac et d’alcool. Ils avaient également des consommations plus faibles en fruits, plus élevées en viandes, viandes transformées et matières grasses ajoutées. Les sujets diabétiques tendaient à avoir de meilleures adéquations à la plupart des recommandations nutritionnelles (légumes, légumineuses et produits céréaliers complets), comparés aux témoins.
 
Notre étude met en évidence que certains aspects nutritionnels doivent encore être améliorés chez les individus atteints d’une maladie cardiométabolique. Des consommations plus élevées en fruits et légumes, produits céréaliers complets, des consommations plus faibles en viandes, matières grasses ajoutées et sel et des comportements de mode de vie plus favorables à la santé (activité physique, arrête tabagique et consommation limitée d’alcool) devraient être encouragés afin d’améliorer la santé cardiométabolique après diagnostic et prévenir les complications cardiovasculaires liées à leur maladie. De nouvelles stratégies de prévention et d’accompagnement sont donc nécessaires pour aider les patients à adopter et maintenir des pratiques alimentaires et de modes de vie sains.

Les facteurs sociodémographiques et économiques sont associés à une prise de poids entre avant et après le diagnostic de cancer : résultats de l’étude de cohorte prospective NutriNet-Sant

Oncotarget. 2017 8(33):54640-54653

Fassier P, Zelek L, Bachmann P, Touillaud M, Druesne-Pecollo N, Partula V, Hercberg S, Galan P, Cohen P, Hoarau H, Latino-Martel P, Srour B, Gonzalez R, Deschasaux M, Touvier M.

Alors que de nombreux patients atteints de cancer sont affectés par une perte de poids, d’autres ont tendance à prendre du poids, ce qui pourrait influencer le pronostic et le risque de récurrence et de seconds cancers. L’objectif de cette étude prospective était d’investiguer la variation de poids entre avant et après le diagnostic de cancer ainsi que les facteurs sociodémographiques, économiques, du mode de vie et cliniques associés à une prise de poids modérée à sévère.
 
1051 cas incidents de cancers primaires ont été diagnostiqués au sein de la cohorte NutriNet-Santé entre 2009 et 2015. Le poids a été collecté prospectivement tous les 6 mois depuis l’inclusion (en moyenne 2 ans avant le diagnostic). Les poids moyens avant et après diagnostic ont été comparés par t-test de Student. Les facteurs associés à une prise de poids modérée à sévère (≥ 5 % du poids initial) ont été investigués par régressions logistiques ajustées sur l’âge et le sexe.
 
Une perte de poids a été observée chez les hommes (-3,54 ± 4,39 kg chez ceux ayant perdu du poids, p = 0,0002) et chez les patients atteints d’un cancer colorectal (-3,94 ± 4,40 kg, p = 0,001). Une prise de poids a été observée chez les patients atteints d’un cancer du sein et de la peau (2,83 ± 3,21 kg, p = 0,04 et 2,96 ± 2,75 kg, p = 0,04, respectivement). Les femmes (OR = 1,75 [1,06-2,87], p = 0,03), les patients plus jeunes (OR = 2,44 [1,51-3,70], p < 0,0001), ceux avec des revenus plus faibles (OR = 1,30 [1,01-1,72], p-trend = 0,007), un niveau d’étude plus faible (OR = 1,32 [1,03-2,70], p-trend = 0,03), un excès de poids avant diagnostic (OR = 1,64 [1,12-2,42], p = 0,01), un niveau d’activité physique plus faible (OR = 1,28 [1,01-1,64], p = 0,04) et ceux ayant arrêté de fumer (OR = 4,31 [1,99-9,35], p = 0,005) avait un risque plus élevé de prendre du poids. Chez les patientes atteintes de cancer du sein, une ménopause induite était associée à une prise de poids (OR = 4,12 [1,76-9,67]), mais aucune association n’a été observée avec les caractéristiques de la tumeur et les traitements.
 
Cette grande cohorte prospective met en évidence des résultats originaux sur les variations de poids entre avant et après le diagnostic de cancer, soulignant des trajectoires de poids différentes. Les facteurs sociodémographiques et économiques semblent influencer le risque de prise de poids, illustrant les inégalités sociales dans le domaine de la santé

Association entre impulsivité et le statut pondéral en population générale

Nutrients. 2017 9(3):e217

Bénard M, Camilleri GM, Etilé F, Méjean C, Bellisle F, Reach G, Hercberg S, Péneau S.

L’impulsivité est un trait de personnalité définit comme une prédisposition à des réactions rapides et non-planifiées sans considération de leurs conséquences négatives potentielles. L’impulsivité pourrait avoir un impact sur le comportement alimentaire et le statut pondéral mais les précédentes études ont été réalisées sur des petits échantillons et/ou des populations spécifiques, sans prendre en compte les facteurs de confusion potentiels de cette relation.
L’objectif de cette étude était d’évaluer l’association entre l’impulsivité et le statut pondéral dans un grand échantillon d’adultes issus de la population générale, et l’influence du sexe sur cette relation.
Un total de 11929 hommes et 39114 femmes participant à la cohorte NutriNet-Santé ont été inclus dans cette analyse transversale.
 
Le questionnaire Barratt Impulsiveness Scale (BIS-11) a été utilisé pour estimer l’impulsivité. La taille et le poids étaient auto-déclarés. L’association entre l’impulsivité et le statut pondéral a été évaluée avec des modèles de régression logistique ajustés sur des facteurs sociodémographiques et de mode de vie.
 
Les individus avec des niveaux d’impulsivité élevés (score BIS-11 total > 71) avaient une probabilité plus élevée d’être obèse (Odds ratio (OR) = 1,80, intervalle de confiance (IC) 95 % : 1,39-2,33 chez les hommes ; OR = 1,30, IC 95 % : 1,15-1,48 chez les femmes) comparés aux individus dans la catégorie moyenne d’impulsivité. Les plus fortes associations entre impulsivité et obésité ont été observées chez les hommes, où les participants les plus impulsifs avaient une probabilité plus élevée d’être obèse de classe III (IMC > 40 kg/m²) (OR = 3,57, IC 95 % : 1,86-6,85).
 
Cette analyse sur un grand échantillon montre une association positive entre impulsivité et statut pondéral, ainsi que l’importance de prendre en compte les facteurs psychologiques dans la prévention de l’obésité.

Association entre un indice de qualité nutritionnelle fondé sur le profilage nutritionnel des aliments de la Food Standards Agency et le risque de maladies cardiovasculaires chez des adultes français

Int J Cardiol. 2017 234:22-27

Adriouch S, Julia C, Kesse-Guyot E, Ducrot P, Péneau S, Méjean C, Assmann KE, Deschasaux M, Hercberg S, Touvier M, Fezeu LK.

En France, la mise en place en face avant des emballages du logo nutritionnel 5-couleurs (5-CNL) est actuellement à l’étude en tant qu’outil stratégique permettant aux consommateurs de faire des choix d’aliments plus favorables à la santé. Ce logo est fondé sur le système de profilage nutritionnel des aliments de la British Food Standards Agency (FSA-NPS), reflétant la qualité nutritionnelle globale des aliments. Au niveau individuel, une moyenne pondérée sur l’énergie de tous les scores FSA-NPS des aliments couramment consommés a été élaborée (FSA-NPS DI). Notre objectif était d’étudier l’association prospective entre le FSA-NPS DI et le risque de maladies cardiovasculaires (MCV).
 
Un total de 75801 participants de la cohorte NutriNet-Santé, ayant complété un minimum de 3 enregistrements alimentaires de 24 h au cours des deux premières années de suivi, entre 2009 et 2016, a été inclus dans nos analyses. Des modèles de Cox à risques proportionnels mutlivariables ont été utilisés pour caractériser les associations entre le score FSA-NPS DI et l’incidence des MCV.
 
509 évènements cardiovasculaires majeurs ont été diagnostiqués (262 maladies cardiaques coronariennes et 247 AVC) au cours du suivi. Un score FSA-NPS DI plus élevé, caractérisant un régime alimentaire de moindre qualité, était associé à une augmentation du risque de MCV (HRpour 1 point d’incrément = 1,08 (1,03-1,13) ; HRQ4vs.Q1 = 1,40 (1,06-1,84), PQ4-Q1 = 0,01). Cette association tendait à être plus forte chez les sujets en surpoids (HRpour 1 point d’incrément = 1,12 (1,04-1,19) ; Pinteraction = 0,003).
 
Ces résultats suggèrent qu’un régime alimentaire de plus faible qualité nutritionnelle, tel que reflété par un score FSA-NPS DI plus élevé, pourrait être associé à une augmentation significative du risque de maladie cardiovasculaire, en particulier dans les sous-populations à risque (individus en surpoids) accru de survenue de MCV. Ils supportent la pertinence en santé publique de développer un logo nutritionnel en face avant des emballages basés sur ce score.

Habitudes de consommation de boissons dans la population européenne : associations avec les apports totaux en eau et en énergie

Nutrients. 2017 9(4):e383

Nissensohn M, Sanchez-Villegas A, Galan P, Turrini A, Arnault N, Mistura L, Ortiz-Andrellucchi A, Edelenyi FS, D'Addezio L, Serra-Majem L.

Les apports en eau et en boissons ont fait l’objet de peu d’attentions dans les études épidémiologiques. L’objectif de cette étude était de comparer la consommation journalière moyenne d’aliments et de boissons chez des adultes issus d’échantillons sélectifs de la population de l’union européenne (UE) afin de comprendre la contribution de ces derniers à l’apport total en eau (ATE), évaluer si la population adulte UE consommait des quantités totales en eau en adéquation avec les recommandations actuelles et pour illustrer les apports réels en eau en Europe.
 
3 enquêtes alimentaires nationales et européennes ont été sélectionnées : l’Espagne a utilisé la base de données « Anthropometry, Intake, and Energy Balance Study » (ANIBES), l’Italie a a analysé les données « Italian National Food Consumption Survey (INRAN-SCAI 2005-06) et les données françaises provenaient de la base de données NutriNet-Santé. La consommation moyenne journalière a été utilisée pour les comparaisons inter-individus. L’ATE ont été comparés avec les valeurs référence « European Food Safety Authority » (EFSA) des hommes et femmes adultes.
 
En moyenne, l’ATE était de 1,7 L (ES 22,9) chez les hommes et de 1,6 L (ES 19,4) chez les femmes en Espagne ; de 1,7 L (ES 16,9) chez les hommes et de 1,7 L (ES 14,1) chez les femmes en Italie et de 2,3 L (ES 4,7) chez les hommes et de 2,1 L (ES 2,4) chez les femmes en France. A l’exception des femmes en France, ni les hommes ni les femmes ne consommaient des quantités d’eau suffisantes selon les valeurs de références de l’EFSA.
Cette étude montre le besoin d’élaborer des politiques de santé et de nutrition appropriées visant à augmenter l’apport total en eau dans la population européenne. L’estimation des apports en boissons nécessite dans le futur l’utilisation de nouveaux outils et techniques et l’application des nouvelles technologies disponibles.

Association prospective entre la fréquence de consommation d’aliments bio et la variation de poids corporal, le risque de surpoids ou d’obésité : résultats de l’étude NutriNet-Santé

Br J Nutr. 2017 117(2):325-334

Kesse-Guyot E, Baudry J, Assmann KE, Galan P, Hercberg S, Lairon D.

Un indice de masse corporelle moins élevé a été observé chez les consommateurs de produits bio, mais cette association n’a jamais été évaluée dans une étude avec un schéma prospectif. Notre objectif était d’étudier prospectivement l’association entre la fréquence de consommation d’aliments bio et la variation de poids. Nous avons analysé les données de 62224 participants de la cohorte NutriNet-Santé (78 % de femmes, âge moyen = 45 ans). Des données concernant la fréquence de consommation d’aliments bio, les apports alimentaires et les mesures anthropométriques répétées ont été collectées. Pour seize produits, les participants ont déclaré leur fréquence de consommation d’aliments bio (jamais, occasionnellement, la plupart du temps). Un score bio (OS) avec un maximum de trente-deux points a été calculé pour chaque individu.

Les associations entre le score OS (modélisé en quartiles (Q)) et la variation de poids au cours du suivi (en moyenne 3,1 ans) et le risque de surpoids et d’obésité ont été estimées par ANCOVA et régression logistique multivariée.

Une augmentation moins élevée de l’IMC a été observée à travers les quartiles d’OS (différence moyenne Q4 vs Q1 = - 0,16 (IC 95 % - 0,32, - 0,01). Une augmentation de l’OS était également associée à un plus faible risque de surpoids et d’obésité (parmi les participants non en surpoids et non obèses à l’inclusion). Une réduction de risque de surpoids et d’obésité était observée chez les plus grands consommateurs de bio : les odd-ratios Q4 vs. Q1 étaient respectivement 0,77 (IC 95 % 0,68, 086) et 0,69 (IC 95 % 0,58, 0,82). Concernant le risque d’obésité, l’association était plus forte chez les participants avec une adhérence aux recommandations nutritionnelles plus élevée.

Cette étude suggère un rôle protecteur fort de la fréquence de consommation d’aliments bio à l’égard du risque de surpoids et d’obésité qui dépend de la qualité globale du régime alimentaire. Si ces résultats sont confirmés, ils pourraient contribuer à affiner les recommandations nutritionnelles en tenant compte des modes de production agricoles.

Modifications des apports alimentaires et en alcool entre avant et après le diagnostic de cancer : résultats de l’étude de cohorte prospective NutriNet-Santé

Int J Cancer. 2017 141(3):457-470

Fassier P, Zelek L, Lécuyer L, Bachmann P, Touillaud M, Druesne-Pecollo N, Galan P, Cohen P, Hoarau H, Latino-Martel P, Kesse-Guyot E, Baudry J, Hercberg S, Deschasaux M, Touvier M.

L’alimentation et la consommation d’alcool après le diagnostic pourraient être associées au pronostic de cancer, au risque de récidive et à la mortalité. L’objectif objectif était d’étudier les variations des apports en aliments, nutriments et alcool entre avant et après le diagnostic de cancer ainsi que leurs déterminants dans la cohorte prospective NutriNet-Santé.
 
Les sujets de la cohorte NutriNet-Santé ayant eu un cancer incident diagnostiqué entre 2009 et 2016 ont été inclus (n = 696). Les apports alimentaires, en nutriments et en alcool ont été collectés prospectivement à partir des enregistrements alimentaires de 24 h répétés et non consécutifs depuis l’inclusion (en moyenne 2 ans avant le diagnostic). Le nombre moyen d’enregistrements alimentaires par sujet était de 5,9 avant et de 8,1 après diagnostic. Toutes les données alimentaires avant et après diagnostic ont été comparées par des modèles mixtes. Les facteurs associés aux modifications alimentaires majeures observées ont été investigués par des régressions logistiques multivariées.
 
Nous avons observé une diminution des apports en légumes (diminution moyenne des apports chez les patients ayant diminué leur apport = - 102,4 ± 79,8 g/j), produits laitiers (- 93,9 ± 82,8 g/j), viandes/abats (- 35,5 ± 27,8 g/j), produits à base de soja laitiers (- 85,8 ± 104,1 g/j), boissons sucrées (- 77,9 ± 95,4 g/j) et boissons alcoolisées laitiers (- 92,9 ± 119,9 g/j) et une augmentation des apports en bouillon (42,1 ± 34,9 g/j) et matières grasses/sauces (18,0 ± 13,4 g/j). Nous avons observé une diminution des apports énergétiques (- 377,2 ± 243,5 kcal/j) et des apports en alcool (- 7,6 ± 9,4 g/j), protéines (- 17,4 ± 12,5 g/j) et plusieurs vitamines (p < 0,05) et micronutriments (p < 0,05). A l’inverse, les apports en lipides (19,4 ± 14,6 g/j), acides gras saturés (9,3 ± 7,0 g/j), acides gras mono-insaturés (8,3 ± 6,3 g/j) et vitamine E (3,9 ± 3,3 g/j) ont augmenté après diagnostic.
 
Cette grande étude prospective suggère que le diagnostic de cancer est une période clef pour des changements de l’alimentation. Elle met en évidence certains comportements favorables à la santé telle que la diminution de la consommation d’alcool et de boissons sucrées, mais aussi des tendances moins favorables telles que la diminution de la consommation de légumes et des apports en de nombreuses vitamines et minéraux. Ces résultats apportent des connaissances pour identifier et cibler des recommandations à proposer pour une meilleure prise en charge nutritionnelle des patients après leur cancer.