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Restriction des lipides dans la petite enfance : un rôle dans l’épidémie d’obésité ?

Publié le 16/03/2026
Marie-Françoise Rolland-Cachera

Rolland-Cachera MF. Perspective: Fat Reduction Campaigns and Their Impact on Young Children-The Root Cause of the Obesity Epidemic? Adv Nutr. 2026 Feb;17(2):100576. doi: 10.1016/j.advnut.2025.100576. Epub 2025 Dec 19. PMID: 41422935; PMCID: PMC12859491.

Depuis plusieurs dizaines d’années, les scientifiques s’interrogent sur le paradoxe entre la diminution des apports caloriques et lipidiques, et l’augmentation de la prévalence de l’obésité. De nombreux titres, tels que « Unanswered questions about the causes of obesity » dans la revue « Sciences » mettent en évidence ce problème.

La diminution des apports ne concerne pas l’ensemble de la population de façon équivalente. Peu d’études ont examiné l’impact des campagnes de restriction des lipides chez les jeunes enfants. Cependant, avant l’âge de 2 ans (période sensible des « 1000 premiers jours »), les apports atteignent des niveaux très faibles. Vers l’âge de 1 an, dans un grand nombre des pays, près de 90% des enfants ont des apports inférieurs aux recommandations et jusqu’à 98% dans l’étude française EDEN.

Depuis les études de David Barker, il est bien établi que les restrictions énergétiques au début de la vie conduisent à un métabolisme économe (The thrifty metabolism concept) programmant le risque de développer des maladies métaboliques et l’obésité. En plus d’un effet lié au métabolisme énergétique, un effet sur le statut hormonal peut expliquer l’augmentation de l’obésité. Des restrictions énergétiques, entrainant une diminution de la leptine au début de la vie conduiraient à développer la résistance à la leptine, caractéristique des sujets obèses.

En résumé, les campagnes visant à réduire la consommation de graisses ont : (i) réduit l'apport énergétique, en particulier chez les jeunes enfants pendant la période sensible du début de la vie, (ii) modifié les fonctions hypothalamiques et réduit les niveaux de leptine, et (iii) imprimé de manière irréversible un « métabolisme économe », programmant la résistance à la leptine et le stockage des graisses. Ce métabolisme inadapté ne parviendra pas à faire face à un futur environnement obésogène.

Ce mécanisme pourrait résoudre le paradoxe de la prévalence croissante de l'obésité malgré l'absence d'augmentation des apports énergétiques. Ces propositions pourront ouvrir de nouvelles pistes de recherche et attirer l’attention sur le fait que la réduction des graisses ne doit pas s’appliquer aux jeunes enfants.

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